Amorce 10

Salut la gang,

Des fois je me demande lorsque j’ai fini d'écrire mon article pour le journal, ce que je vais écrire dans la prochaine.

Çé drôle, mais la vie s'arrange toujours pour qu’un événement vienne vous frapper en pleine face pour vous donner une leçon. Je n’ai pas l'habitude de donner un titre à mon article mais cette fois-çi,  je fais une exception. Le titre qui correspondrait bien à cet article serait : LES PETITS BONHEURS.

Pourquoi les petits bonheurs ? Parce que, j'en suis venu à la conclusion que nous avons perdu le sens du mot bonheur pas seulement à la chasse mais partout.

J’ai vécu dernièrement une expérience qui m'a secoué, moi qui pensais être au sommet des expériences de chasse. Un jour, nous étions un groupe d’hommes que je connaissais un peu. Nous parlions de chasse, mais mes " chums" d'occasion étaient plutôt des chasseurs de gros gibier. Mais en jasant un de ceux-là nous dit que lui il aimait mieux la chasse aux canards.

Je me suis dit voilà un vrai chasseur. Je voulais sur le moment prendre la parole mais je me suis dit que si je commençais, il y aurait personne pour m'arrêter. J’ai opté pour faire le niaiseux pour connaître mieux ce que mon chasseur avait comme expérience. Je lui posais toutes sortes de questions comme: comment ça se chasse le canard, ça prend t-y des canards artificiels, faut-y "caller", un paquet de questions niaiseuses pour la plupart des chasseurs moyens, mais!

Il racontait son expérience de chasseur, il donnait un paquet de renseignements qui était pour moi chasseur d'expérience plutôt des balivernes.

Mais je ne sais pas pourquoi, moi qui aurait eu le goût de lui défiler tout mon savoir, j’ai décidé d'embarquer dans le jeu, et de faire mon niaiseux non pas pour rire de mon chum d'occasion, mais pour connaître sa perception de la chasse. Lui démontrant mon intérêt pour en savoir plus sur ce genre de chasse, il m'a invité à venir chasser avec lui, il connaissait un bon coin. J’ai accepté avec la ferme intention de ne pas parler quoi qu'il arrive.

Donc deux jours plus tard je me retrouve à l'endroit du rendez-vous. La première remarque qui m’a passée par la tête, c'est que je ne connaissais pas cet endroit, pourtant j'en connais dé places. Mon chum ma donné un pack sac et en prit un autre puis mon invité à le suivre. Après avoir marché cinq minutes, il me dit qu'on était arrivé et qu’il fallait se faire une cache, Il m’a expliqué qu'il fallait se couper des branches pour se faire une cache. J’m’attendais pas à celle-là, j'pensais d'arriver dans une cache bien faite avec un bon plancher solide et d'aplomb, une affaire comme je suis habitué d'avoir, mais y fallait jouer le jeu.

J’avais oublié comment c'était d'ouvrage se construire une cache. Une fois terminées, il me dit de l'attendre, qu’il allait placer les appelants. Il faisait un peu noir pour voir ce qu'il avait comme appelants, mais je m'en doutais un peu.

Une fois tout terminé, il m’explique ce que je dois faire lorsque les canards vont venir. Pas de problème, je vais faire ce que tu me dis, lui ai-je dit.

En attendant que le jour se lève encore plus, nous avons jasé de toutes sortes de choses. Il me dit qu’il avait appris à chasser tout seul, il le faisait depuis trois ans, que ses succès de chasse étaient bons. J'pensais en moi-même si y connaissait les miens.

Notre conversation a été coupée par l’arriver de trois canards. Il se mit à "caller". Les canards ont viré de bord et sont venus sur nous. Bang, bang, j’ai fait un abratol de saut, y étaient à au moins une centaine de pieds. "T’as pas tiré ?" Qu’il me dit ? Je ne savais pas quoi dire, Ben mon fusil était barré je lui dis en hésitant, pour ne pas lui dire que je les trouvais bin trop loin. " Je vais chercher mon canard, attends-moi", il me dit. Pendant une dizaine de minutes, il chercha son abratol de canard. J' pensais en moi-même, si y avait un chien comme mon chum de chasse, y se serait même pas dérangé.

Il est arrivé avec le sourire fendu jusqu'aux oreilles, il l'avait rerouvé.

Je le félicitais de son bon coup. " Une autre bande de canards arrive débarre ton fusil" il me dit. Trois, quatre coups de "call "pis bang, bang encore. Je tire mais sans viser car avec mon "improuve cylinder" j'avais aucune chance, pis je ne voulais pas faire de blessé.

J’en ai encore eu un, je vais le chercher. "Moi je les ai manqués", je lui dis. "C'est pas grave y faut en garder pour la reproduction " qu'il me réplique.

Pendant la longue période sans voir la face d'un canard, il me dit qu'il voulait se faire des canards meilleurs que ceux-là, j’avais envie di dire que mon chum en faisait des abratol de beaux. Qu'il avait appris à "caller "en se pratiquant avec des disques et des cassettes de "calleu". Je lui ai demandé si ça valait la peine de s'habituer un chien pour ramasser les canards. Sa réflexion m'a un peu surpris car il disait que si y avait un chien, le temps qu'il passe à chercher le canard qu’il a tiré, il pourrait l'utiliser à chasser donc il pourrait tuer son quota plus vite donc le fun serait de courte durée. Aussi que de cette façon il y a plusieurs canards qui viennent pour entrer dans les appelants mais qui sont dérangés par ses recherches, ça brûle pas la place, y en a pour d'autres fois. Il me dit aussi qui tire juste quand y est pas mal sûr qui va le retrouver. Après quelques autres entrées de canards, j 'ai fini par en tirer quelques-uns. Lui, y en manquait de temps à autre, mais il tirait quand même bien. Il me dit qu’il pratiquait le tir sur les étourneaux. J’comprend pourquoi y était pas pire. Mais il avait quand même des talents naturels.

Sur l' heure du midi, on avait cinq canards de tué. Il sortit de son banc qui lui servait de boite à lunch un paquet de sanuiches. " T’as pas de lunch, ?" Il me dit. Ben J'mange pas beaucoup quand je vais à chasse. En dedans de moi, j'pensai qu’après une heure de chasse ça allait être terminé. Il m'offrit une coupe de sanuiches, et je lui offris du café que j'avais dans mon thermos.

Ça a duré comme ça toute la journée jusqu'au soir. Un canard par-ci par-là. On s'en dit tu des choses pendant toute une journée, encore plus avec quelqu' un que tu connais presque pas. Il commençait à faire brun, mon chum m’a alors dit qu'il fallait s'en aller car il serait impossible de retrouver un canard si on en tuait un. J’ai insisté pour rester car il manquait deux canards pour notre limite, mais il resta sur sa position et que déjà il en avait un, qu'on avait perdu. Sur le chemin du retour, je voyais par son comportement qu'il était très heureux de sa journée. Quand je lui faisais la remarque que j'avais mal tiré, il me répondait que s’était pas grave, il en aurait pour une autre fois, ou pour d'autres chasseurs. Dans le fond, il avait pas tord.

En se laissant, il me dit qu’il avait passé une maudite belle journée avec moi et il me promit qu’il allait encore m'inviter car j’étais un bon chum de chasse. " Moi aussi j'ai passé une abratol de belle journée" je lui dis, mais d'une façon moins convaincante, je vais certainement accepter ton invitation encore. Salut, à prochaine.

Rendu au chalet, je me suis mis à réfléchir sur ma journée. En mangeant les hamburgers que j'avais acheté en revenant, je me disais comment ça se fait que moi je trouvais que la journée avait été très ordinaire et que lui, y était tout heureux, y semblait rempli de bonheur suite à sa journée de chasse.

Comme d'habitude je me suis mis à philosopher ? Je me suis dit çé quoi le bonheur au fond. Afin d'avoir la vraie définition j'ai ouvert le petit Larousse et j’y ai trouvé: BONHEUR, État de complète satisfaction, de plénitude. Abratol, çé quoi cette affaire-là.

A première vue, j’ai de la misère à me situer mais en y réfléchissant, il y a une citation qui me vient à l'idée " L’ARGENT ne fait pas le bonheur ". Comment se fait-il que le gars qui à un million en veut un autre, un autre qui a un milliard, en veut un deuxième, ainsi de suite, pourtant, c'est t'y qui n'on pas atteint le bonheur, qu’on est pas heureux car selon le Petit Larousse HEUREUX: Qui jouit du bonheur,

Donc que faudra t-il faire pour être heureux, atteindre le bonheur. Si on se reporte à nous chasseurs,

pourquoi: lorsque nous allons à la chasse et que nous tuons nos quotas de la journée, nous sommes enclins à regarder que les mauvais coups qu'on a manqués, voir que les points négatifs de la chasse,

pourquoi: voulons nous pourtant y retourner le soir pour faire encore une autre limite.

Pourquoi voulons retourner à la chasse le lendemain pour faire un autre quota, et souvent atteindre notre limite de possession.icon_arrow.gif (170 bytes)

 

Pourquoi voulons-nous y retourner le sur lendemain, puis le sur sur ... lendemain et pour ce, il faut donc pour faire une chasse pour la journée avoir un endroit,

puis un autre champ  ou étang pour le lendemain, puis un autre pour le sur lendemain, puis un autre puis un autre pour le sur sur .......lendemain.

Donc nous sommes comme le millionnaire ou le milliardaire qui ne sait se contenter de ce qu'il a. On pourrait donc dire que ces gens ne sont pas heureux, ne connaissent pas le bonheur.

Eh pourtant, combien d'entre vous sauraient se contenter du un centième de ce qu’on les gens bien nantis, incluant les chasseurs. Il y a bien sur toujours une exception à la règle comme ceux qui tue pour tuer, qui n’ en  non jamais assez. La question qui se pose à ce moment là, qu’est-ce qu’ils font avec tout ce gibier?   Et bien, on peut le penser à voir ce qui c'est passé dans les journaux cet automne avec les saisies qui ont été faites par le M.E.F.

Que nous faudrait-il pour avoir le bonheur, tout l'argent du monde, tous les endroits de chasse du monde, tout le gibier du monde, Je ne le crois pas sincèrement car tout ceci ne peut qu'apporter la déchéance.

C’est peut être un gros mot, mais pour nous chasseurs ça veut dire une perte d'intérêt. Lorsque nous sommes rendues au bout de nos possibilités, lorsque le défi n’est plus là que tout est devenu si facile, il y a abandon. Et pour appuyer ma théorie,

Combien d'entre nous avons eu le réflexe de dire lorsque viennent des réglementations plus restrictives, je pense que je vais lâcher, je vais abandonner ça vaut plus la peine.

Qu'est-ce qui ne vaut plus la peine! De s'installer pour tuer que quelques canards, que quelques bernaches, ou quelques gibiers que se soit? Si nous en sommes rendus à réfléchir de cette façon, c'est que nous avons perdu la signification du mot bonheur, et j’ai été un de ceux là. Rappelez-vous vos premières chasses, surtout si n’avez pas eu la chance de les faire avec quelqu'un d'expérimenté. Abratol qu'on était content quand on tuait trois, quatre canards ou bedon qu’on réussissait à tuer une outarde, asteur on tue nos quotas en quelques heures pour ne pas dire minutes pis on est pas content. Y en a plusieurs qui lisent cet article qui pourraient dire " Y sont dans le bonheur par-dessus la tête et y sont pas encore contents". Ils auraient raison cent mille à l'heure.

Heureusement, je vis certaines expériences qui me font redécouvrir ce qu'est le mot bonheur, peut être pas bonheur avec un B majuscule mais de petits bonheurs qui font qu’a la fin de la chasse tu es content de ta journée peu importe les résultats. Que tu n'a plus le goût de critiquer les choses qui ont manqué mais à regarder les bonnes choses qui te sont arrivées.

Les aventures que je vis avec mes jeunes et celles que j'ai vécu avec mon chasseur d'occasion m’ont fait comprendre que la recherche du bonheur se fait parfois dans les choses les plus simples. Une après-midi en chassant le canard avec des chums, voir entrer des outardes à profusion autour de soit sans tirer, pis observer d'autres oiseaux que tu vois rarement et finir-le tout par un bon souper de gibier que tu viens de récolter, ça se sont des petits bonheurs que tu n'oublis pas.

En passant j’ai rempli ma promesse d'amener mes jeunes à la chasse, çà a été toute une aventure, je vous raconte dans le prochain numéro.

Malheureusement je crois, qu’on est souvent porté à se comparer à plus haut que soi, je parle toujours de chasse, alors nous voulons soit par orgueil ou par défi atteindre les mêmes sommets. C’est pareil dans vie, on appelle ça le syndrome du voisin. J'vais essayer dans tuer plus qu'eux autres, de battre leu record.

L’autre jour je jasais avec mon chum le bricoleux qui dort en pensant quoi inventer de nouveau pour la chasse et il me disait: " Amorse il m'arrive parfois de réfléchir sur ce que j'ai fait. Pour moi la chasse, cela à toujours été une passion, mais je pense que ma vraie passion a été de faire marcher mon imagination pour trouver ou inventer toutes sortes de patentes pour rendre plus efficace la chasse et d'en faire profiter les chasseurs.

- De ce côté là t'a bien réussi, je lui dis, car ce que tu as fait sa marche en abratol.

Oui mais, je ne suis pas certain si j'ai bien fait, car sans m'en rendre compte j’ai fait sauter à certain chasseur une étape de la vie de chasseur qui est la plus importante, l'apprentissage. Je te disais souvent Amorce, que j’aimais mieux montrer à quelqu'un comment chasser comme il faut, avec les bons équipements car il nuirait pas aux autres chasseurs que de laisser celui-ci apprendre par lui-même et commettre des erreurs qui nuiraient aux autres.

Nous autres les vieux, comment ont ses cassés la tête pour atteindre les résultats qu'on a depuis quelques années. Dans notre temps l'appâtage y en avait pas donc y fallait trouver de vrais endroits ou le canard se tenait, les appelants, ont se contentait des plastics, des rubber, moins efficace mais sa marchait quand même et le plaisir durait plus longtemps. Pour faire une saison d'une trentaine de canards tu en arrachais en maudit, maintenant on fait ça en quelques heures pour ne pas parler de minutes.

Je trouve désolant que les jeunes chasseurs n’aient pas la chance de développer eux-même ce sens de la chasse, ne fasse pas cet apprentissage qui en font des chasseurs responsables et respectueux de la faune qu’il chasse. Je serais curieux de savoir combien de jeunes ont déjà fabriqué un appelant ou chassé au marais à l’ancienne. Je ne crois pas qu'ils auraient les mêmes résultats qu'ils ont présentement. Je crois que le vrai sens du mot Chasseur avec un C majuscule ne devrait s'appliquer qu’à ceux qui ont vécu et passer par toutes les étapes.

Ouais ! Ta raison je lui dis, nous autres on avait le gâteau mé y était pas crémé, les jeunes d'aujourd’hui, avec tout ce qu'on leur a montré, y ont le gâteau avec un pouce de crémage dessus, y ont tout cuit dans bouche comme on dit. Çé de valeur mais y en a plusieurs qui ne savent pas l’apprécier, En plus y en a qui veule même pas partager leur gâteau, y aime mieux se rendre malade à le manger tout seul. Eux autres, même si le premier million est pas fait, y visent déjà le deuxième.

- J’ai dit à mon chum que ce qu’il avait fait, il l'avait fait de bonne foi et que seul les utilisateurs étaient responsables de l'utilisation qu'ils avaient des connaissances qui leur avait été communiqué, soit par une utilisation sportive ou abusive

Je lui donnais comme exemple la chasse hâtive à la bernache, l’association a travaillé pour que l'ensemble des chasseurs en profite un peu, surtout que ça durait que douze jours. Ce sont en grande partie les mêmes qui en ont profité, il y avait encore des millionnaires qui n'était pas satisfait d’avoir leur million, il fallait qu'il en ait encore plus. Si on réfléchissait en chasseur on dirait: " Sa vaut t'y la peine de se fendre en quatre, dépenser tant d'énergie pour avoir une saison à résidente si ça profite juste à une petite gang.

Le partage fait parti des petits bonheurs et parfois il se transforme en de grands bonheurs. J’sus rendu que je retire plus de plaisir à faire chasser les autres que de chasser moi-même, surtout quand ceux-ci savent l'apprécier grandement. J’sus un peu comme mon chum bricoleux, j’commence à avoir plus de plaisir avec les à côté de la chasse. Moé pis lui on s'en promet pour cet hiver pour essayer de trouver des trucs pour déjouer çé abratol d’oie blanche. On va certainement se creuser les méninges, plus mon chum que moi, mais si y a encore des blanches qui viennent l'année prochaine on devrait être capable d’en planter une coupe. Cet automne la moyenne a pas été forte cinq chasses, trois capots pour sept oies.

Mais on a eu du fun quand même, car si ça aurait été facile on se casserait pas tête pour s'améliorer. Toutes les fois qu'on va se réunir pour travailler sur nos idées, c'est d'autant de petits bonheurs qui vont nous aider à passer l’hiver, en plus des nombreux souvenirs qu'on se racontera, qui eux aussi seront d'autant de moment heureux.

Il n'est jamais trop tard pour changer sa façon de voir et de faire. Il ne faut pas penser que nous démontrons par-là de la faiblesse ou un manque de virilité, non au contraire nous démontrons ainsi que nous sommes devenues matures, que nous sommes de vrais CHASSEURS tout en majuscule.

Je vous laisse sur cette réflexion.

J’en profite pour vous souhaitez de Joyeuses Fêtes à vous et votre famille. Que celle-ci se passe dans la joie, la prudence, la santé et qu'elle soit remplit de "PETITS BONHEURS "

P.S C’est le temps des résolutions.

Amorce Lacartouche.